jeudi 20 juin 2013

Les Folies Bergères, une revue d’inepties



Initialement j’avais pensé titrer ce billet   ‘’Faut-il dissoudre Pierre Bergé ?’’ un brin provocateur. La langue française est une langue qui permet la précision mais je craignais néanmoins que certains lecteurs exaltés ne lisent ‘’Faut-il dessouder Pierre Bergé ?’’, ce qui vous en convenez est moins convenable et surtout plus radical.

Et finalement, j’ai opté pour un intitulé plus conforme avec la personnalité pétillante et pailletée du penseur germanopratin haute couture bien que ce titre, je le confesse,  soit un faux nez pour masquer mes intentions malveillantes à son encontre.

En effet, puisque Manuel Valls meilleur commentateur hexagonal de faits divers et accessoirement Ministre de l’Intérieur a l’humeur dissolvante en ce moment, j’aimerais intercéder auprès de lui pour qu’il envisage la dissolution de ce groupuscule qu’est Pierre Bergé.

Parler de groupuscule en l’évoquant peut sembler exagéré mais reflète une réalité bien tangible puisque quand il intervient sur des sujets sensibles, il est généralement désavoué par les gens mêmes avec lesquels il est censé partager des valeurs ou des opinions communes.

Il peut donc être considéré comme un groupe de pression à lui tout seul, d’autant que malgré l’incontinence médiatique provoquée par le malheureux décès de ce jeune homme dans des conditions  qu’il appartiendra à la police d’élucider, il a eu le talent singulier de faire parler de lui avec ce tweet tout en nuances «L'immonde Barjot avait promis du sang, le voilà qui éclabousse la démocratie et la République. Cette #manifpourtous se rend elle compte? » 

Ce gazouillis printanier rentre dans un des critères qui autorise la dissolution par son ton manifestement hétérophobe puisqu’il contribue à propager des idées tendant en l’occurrence à susciter de la haine envers une personne ou un groupe de personnes en raison d’une orientation sexuelle que l’auteur désapprouve.

D’autant qu’il avait le 16 mars partagé le tweet suivant   « si une bombe explose sur les Champs à cause de #laManifPourTous c'est pas moi qui vais pleurer » qui correspond au critère sanctionnant les agissements en vue de provoquer ou encourager des actes de terrorisme sur le territoire français. 

Nous pourrions continuer la revue d’inepties promise par le titre mais nous sentons intuitivement que nous allons lasser aussi nous baisserons le rideau sur cette magnifique ode sociétale libérale sous vos frénétiques applaudissements « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence ? ».

L’histoire l’a montré, la dissolution est une méthode douce et souvent vaine permise par la loi de 1936, on peut dissoudre les groupes et quelques temps après  ils se recomposent sous d’autres formes et d’autres appellations.

Pour le cas qui nous concerne, nous pensons néanmoins que ce serait une opportunité pour lui de se reconstruire, se recomposer, se rassembler lui, ses idées et ses neurones.

Transparence, Opacité, Enfumage



Stupeur et tremblements après l’affaire Cahuzac, bien que l’on ait pris soin de nous préciser qu’il s’agissait des errements d’un individu, la dérive personnelle d’un matelot rétif aux ordres du capitaine du pédalo, une espèce de loup solitaire de l’évasion fiscale, on allait voir ce qu’on allait voir.


Le chef avait tonné, fureur contenue mais détermination inébranlable en s’engageant aussi à ce qu’un projet de loi soit soumis au Parlement « dans les semaines qui viennent » pour « lutter de manière impitoyable contre les conflits entre les intérêts publics et les intérêts privés et assurer la publication et le contrôle sur les patrimoines des ministres et de tous les parlementaires ».

Qu’a-t-on vu ? D’abord le patrimoine de l’exécutif dans lequel cohabitent les cigales comme notre ministre du Budget et des fourmis bien nées comme le locataire du quay d’Orsay. A peine, une dizaine de millionnaires et de vrais pauvres à la limite du surendettement avec de vieilles tires incapables de passer avec succès le contrôle technique

Le déballage patrimonial de nos ministres et sous ministres nous a bien plu mais en quarante huit heures on avait fait le tour. Un amuse-gueule distrayant certes, mais nous attendions avec fébrilité celui des députés, des sénateurs, des haut fonctionnaires et plus si affinités.

Et puis un avis de tempête est survenu, le capitaine du vaisseau ‘’palais Bourbon’’ et ses matelots qui naviguaient depuis des lieues en père peinards et qui ne sont pas des enfants de salauds se sont mutinés et ont menacé de jeter par-dessus bord le projet de loi initial s’il n’était pas amendé.

La manœuvre fut réalisée avec maestria par ces marins chevronnés habitués à voguer par temps de brume tout en évitant les récifs et ils trouvèrent fort opportunément la passe permettant de regagner le port sans encombre.

Ils rédigèrent alors sur le grand livre de bord un amendement prévoyant une déclaration de leurs patrimoines avec interdiction de les publier mais consultables par leurs concitoyens du département à la préfecture.
Ceux-ci  devront garder un silence total sous peine de sanction pénale.

L’on suppose que l’Amiral en chef qui  avait, lui-même lors de sa conférence de presse du 16 mai dernier, laissé aux parlementaires le soin de trouver une « bonne solution » entre souci de transparence et protection de la vie privée est satisfait. 

En effet, cette loi de moralisation répond aux trois critères implicitement énoncés dans la suggestion  présidentielle ci-dessus : transparence, opacité, enfumage.

La parenté plaisante au Mali



De temps en temps il me vient une envie irrépressible, une impérieuse nécessité de m’évader, de fuir ce tropisme hexagonal où j’ai tendance à m’enfermer.

 La morosité ambiante, la météo déprimante m’incitent, tels les tournesols, par un phénomène bien connu de phototropisme à me tourner vers le soleil et les tropiques même si ceux-ci sont tristes comme l’écrivait Levi Strauss.

Tout naturellement, et pour des raisons personnelles,c’est vers le Mali que je m’oriente, brusquement et malheureusement projeté sur le devant de la scène politique internationale en raison d’une désolante actualité.
 Plus étendu que le cousinage à la mode de Bretagne, cette insolite contrée du Far West français où les ethnologues hésitent encore à s’aventurer, je vous emmène faire un tour un peu à tâtons  dans l’inextricable écheveau pour un toubab *, du cousinage malien.

Même si comme souvent, les maliens aiment donner un nom du terroir à l’étranger qui les côtoie, il est difficile à ce dernier de s’y retrouver dans cette immense toile d’araignée dans laquelle s’enchevêtrent  les équivalences patronymiques et les correspondances ethniques et je ne prétends pas y être parvenu.

Ce cousinage à plaisanterie, le "Sanankunya", remonterait au 13ème siècle, Soundiata Keita dont l’épopée est surtout connue grâce aux récits des griots, devint après la bataille de Kirina où il battit Soumaoro Kanté,  roi du pays mandingue, espace qui recouvrait à l’époque l’actuel Mali, le Burkina Faso , le Sénégal, la petite Gambie enclavée, la Guinée Conakry, la Guinée Bissau , la Mauritanie et le nord de la Côte d’Ivoire.

Une charte orale contenant 44 articles fut alors adoptée, la charte du Mandingue ou  encore Kurukanfuga, sorte de constitution  qui avait pour large objectif  d’appréhender tous les domaines de  la vie en société avec des dispositions politiques et juridiques.

Le cousinage à plaisanterie est une pratique consistant à ironiser sur les faits et gestes de l’autre ethnie ou de l’autre caste et à désamorcer les conflits, on peut donc définir le cousinage comme un facteur de paix sociale.
Il faut dire qu’outre la diversité des ethnies composant ce vaste pays, celles-ci se divisent en castes apparues en raison de la nouvelle organisation sociale mise en place durant le règne de  Soundiata  Keita. 

Ainsi dans cette fameuse bataille de Kirina, le groupe défait, celui des forgerons  fut alors ravalé au rang de caste inférieure.

Chez les Bambara et Malinkés il y a la caste supérieure (Horon) les nobles, et la caste inferieure (Nyamakala) reconnaissables à leurs patronymes (jàmu), cette, dernière est elle-même divisée en sous castes. Ce qui distingue la caste supérieure c’est qu’elle ne pratique normalement pas les travaux artisanaux et artistiques et qu’elle se réserve l’agriculture, le commerce et l’élevage chez les peuhls.

Bien entendu, la colonisation va entraîner un bouleversement important des structures sociales traditionnelles avec l’arrivée de nouveaux métiers mais aussi des nouvelles valeurs. Il y aura donc un nouvel artisanat avec l’automobile, l’électricité etc.

 Pour autant, les Keita sont toujours nobles et les Kouyaté demeurent des griots. Salif Keita le celèbre chanteur albinos d’extraction noble eut beaucoup de mal à se faire accepter et sera rejeté par sa famille pour s’être lançé dans une activité traditionnellement réservée aux griots.

Le toubab peut être désorienté par cette hiérarchie sociale qui vient se juxtaposer dans le monde du travail à celle que nous connaissons dans nos sociétés occidentales, un de mes amis, conseiller technique d’une grande société d’état dans les années 70 me rapporta que le Directeur général de caste inférieure interrompit le conseil d’administration en raison de l’irruption d’un gardien de caste supérieure.

Il se dit que l’ancien président de la République du Mali Amadou Toumani Touré eut du mal à recruter des ministres, certains d’entre eux ne souhaitant pas travailler sous ses ordres.

Les cousins à plaisanterie par la seule évocation de leurs patronymes peuvent après les interminables salutations d’usage longues comme un jour sans pain se vanner mutuellement. Les moqueries, si je m’en rapporte à mon experience sont souvent liées à l’origine, et à leur condition supposée d’esclave.

Si cette pratique sociale est typiquement ouest-africaine, probablement située dans les limites de l’ancien Empire Mandingue, elle est encore tres vivace au Mali et il me semble, compte tenu de l’animosité  parfois ressentie entre certaines ethnies en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire qu’elle ait été quelque peu oubliée dans ces deux pays.

Le cousinage à plaisanterie est une excellente école de rhétorique où les bretteurs doivent faire preuve de maitrise de soi, d’humour et néanmoins rester dans les limites de la décence dont pourraient s’inspirer parfois certains ‘’forumeurs’’ du net.

Bien que je n’en ai pas eu conscience au moment où je la constatais, la  survivance de cette parenté à plaisanterie a certainement contribué à cette acceptation de l’autre et à l’apaisement des tensions communautaires pouvant survenir pour des raisons politiques,religieuses ou territoriales. 

C’est cette harmonie entre les différentes ethnies qui m’avait rendu optimiste sur le devenir du Mali, c’était sans compter sur le problème persistant avec les Touaregs  depuis les années 60 et il n’est pas certain que le sanankuya suffise à cicatriser les plaies ouvertes lors de ce dernier conflit.

  •  Toubab : nom qui désigne en Afrique de l’Ouest les étrangers à peau blanche

mercredi 5 juin 2013

Non, le printemps n’est pas mort !



Je vous parle d´un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, le printemps en ce temps là, accrochait ses lilas jusque sous nos fenêtres, Stravinsky pouvait sacraliser cette saison en composant  son célèbre ballet qui fit scandale à sa création, et Vivaldi nous tromper éhontément en nous vendant la fable musicale de ses quatre concertos saisonniers pour violons.

L’on ne peut donc que se réjouir de la disparition de ces vendeuses ambulantes qui sillonnaient les rues de nos grandes villes en abusant de notre crédulité en se faisant appeler abusivement ‘’marchandes des quatre saisons’’. 

Car nous le savons bien, nous habitants de l’hexagone en  2013, le printemps n’existe pas ou plus exactement est entré dans un cycle de dépressions dont il n’arrive pas à s’extirper et est plongé dans une léthargie probablement provoquée par une carence en vitamine D. 
En un mot, ce printemps est pourri.

Et pourtant, au début, le printemps avait bonne réputation, après celui mémorable de Prague vint  l’arabe, le printemps, étymologiquement c’est le premier temps, le début de l’été en quelque sorte, une nouvelle ère, une renaissance.

Celui  qui avait éclos en Tunisie en décembre 2010 et s’était étendu à Égypte produisait des  bourgeons prometteurs de liberté et d’espoir qui se sont hélas étiolés rapidement.

L’autre Printemps, gaulois, celui là,  emblème d’une chaine de magasins dédié à la mode et au chic français vient même d’inventer le concept de soldes suprêmes. Pour oser accoler solde à suprême la situation doit être grave pour lui aussi.

Nous connaissions déjà le mariage de cour, d’instant, d’honneur, de volonté  avec l’adjectif concerné et même de délices gastronomiques comme le suprême de volailles et autres fantaisies culinaires mais la braderie suprême nous semble avoir un petit air de liquidation judiciaire.

Et voilà que notre primesautier ministre de l’intérieur se met en tête d’interdire, que dis-je, de dissoudre le printemps français. S’il est communément admis qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, le premier flic de France a le pouvoir de  le défaire.

Mais enfin, pourquoi s’acharner autant  sur une saison si mal en point, n’est ce pas comme tirer sur une ambulance? ses bataillons de CRS n’ont –ils pas d’autres cibles à bastonner et à gazer que ce printemps dépressif et cacochyme ? 

Comment un ministre socialiste peut-il s’attaquer sans vergogne à un avantage acquis même réduit à ses maigres acquêts. Je rappelle que nos ancêtres ne considéraient vraiment que deux saisons, l’été et l’hiver. Le printemps n’étant en l’occurrence que le lever de rideau de l’été.  Quid également du printemps de Bourges ? 

Toutes ces questions existentielles me taraudaient l’esprit et je n’avais même pas évoqué le sort de ces fameux rouleaux japonais lorsque je m’apprêtais à conclure cette  chronique printanière en forme de notice nécrologique.

Heureusement, un ami de passage eut la bonne idée de vouloir relire ce billet, il me fit remarquer  qu’il y avait méprise de ma part, que ma lecture était restée trop superficielle et que je ne devais plus me contenter de lire les titres des gazettes si je voulais continuer à prétendre commenter l’actualité

Il m’expliqua alors doctement que ce n’est  pas le temps pluvieux et nuageux d’un printemps automnal que notre ombrageux catalan veut éradiquer mais un groupuscule tout aussi nébuleux et à l’appellation incontrôlée qui a fait si peur aux enfants et à nos gouvernants dans les récentes manifestations tout en épargnant miraculeusement les vitrines et les voitures. 

Nous voila rassurés, ce printemps dépressionnaire pourra continuer à déverser ses tombereaux de pluie et son festival de  giboulées pendant que nous nous abandonnerons langoureusement à notre habituelle dépression saisonnière.

La jeunesse est acédique !



Ça m’était arrivé fin aout 2012, le spleen de la fin prochaine de l’été associé à une photo de Jack Lang, icône de l’éternelle jeunesse vue dans un quelconque magazine, car à cette période de l’année les journalistes recyclent leurs marronniers et l’homo festivus de service.

J’avais  décidé soudainement de ne plus être jeune et avais même cru bon pour éviter ensuite de me renier de le crier dans une chronique à la face de quelques rares lecteurs, probablement coincés dans un mobil-home en attendant que la pluie veuille bien cesser afin de finir leur partie de boules.

Bien entendu cette décision courageuse et irréversible était, je vous le concède, assez facile à prendre, d’autant qu’il y avait quelques décennies qu’aucune personne de censée, ne m’avait pris pour un jeune.

J’avais bien développé quelques arguments pour étayer cette résolution mais je sentais parfois  ma détermination vaciller et craignais de retomber à nouveau dans une’’ jeunite’’ aigue dont seule la mort pourrait me délivrer.

Longtemps j’avais rêvé de mourir jeune et en bonne santé  comme certains héros de mon adolescence mais l’âge avançant, je décidais de prendre mon temps, de musarder en chemin, de freiner l’allure.
 Alors mourir jeune et même en ayant l’air de,  devenait une gageure, un défi qu’il m’était de plus en plus difficile à relever.
C’est alors que je lus dans le Monde un entretien avec un écrivain philosophe Georges Steiner qui s’exprimant sur la jeunesse Française parlait de jeunesse acédique. Benoitement je crus qu’il s’agissait de la création d’un néologisme se rapportant aux allocations chômage  et donc  d’une invention langagière assez désespérante pour nos jeunes pousses.

Je décidais donc d’aller plus loin et de lire ce que disait cet érudit sur cette acédie qui frapperait notre jeunesse et ce que recouvrait ce mot , sa signification, mais aussi parce que j’ai toujours éprouvé une grande appétence pour les vocables rares.

L’acédie, un mot d’origine religieuse, désigne ce qui est plus qu’un vague à l’âme passager, une torpeur spirituelle, une inclinaison à la paresse, à l’apathie. Steiner n’est pas tendre avec la jeunesse actuelle dont il estime « qu'elle est un peu plus abrutie que celle des générations précédentes et qu’elle est inculte, franchement inculte, dotée de connaissances plus que vagues dans tous les domaines, l'histoire en particulier » 

Évidemment, il exagère un peu en  noircissant le tableau qu’il peint de cette jeunesse. On pourrait lui rétorquer qu’elle arrive à se sortir de cette apathie quand il s’agit de célébrer avec une ferveur exubérante le titre du PSG et même d’émerger de sa torpeur spirituelle quand elle s’enthousiasme pour ‘’Allo non, mais allo quoi" de Nabila qui est à cette génération ce que fut pour les précédentes la ‘’tirade du nez’’ de Cyrano en plus concis.

Il finit même par lui trouver des circonstances atténuantes implicites quand il décrit notre société contemporaine avec cette inflation de normes, cette frénésie légiférante qui étouffe toute velléité créatrice et finit par asphyxier l’initiative individuelle comme un boa constrictor le fait de sa proie. 

Le reste de sa démonstration était plus politique et par conséquent plus polémique mais ce que j’avais lu me suffisait, il n’était pas envisageable d’ajouter à tous les maux dont je souffrais un autre mal  même si le mot qui le qualifiait me séduisait. 

Au moins la vieillesse, si elle est un naufrage nous préserve t-elle de l’acédie.