vendredi 7 décembre 2012

La phobie, une aversion grecque



On le sait maintenant à moins d’être sourd, on a beaucoup prêté aux grecs et l’on prête encore, mais la vérité nous oblige à reconnaitre  que l’on a aussi emprunté et que l’on continue à puiser dans la langue d’Homère, notamment des suffixes permettant d’exprimer nos sentiments.

On leur a prêté aussi souvent des mœurs dissolus, il fut une époque, pas si lointaine, ou l’on envoyait son contradicteur se faire voir chez les grecs. Quant l’on voulait se faire plus précis, il était question qu’il aille se faire ‘’empapaouter’’ chez les hellènes, cela relevait bien sur un peu de la circonvolution langagière, une façon en quelque sorte de tourner autour du pot, si vous me permettez l’expression.

Depuis l’on est beaucoup plus précis et l’on se passe désormais du grec pour exprimer sa colère ou son désir de voir l’autre élargir le cercle de ses relations pour rester circonvolutif.

Le suffixe phobie a en ce moment beaucoup de succès accolé à Islam ou homo ou il y a quelque temps à Sarko,  mais il ne semble pas s’atteler facilement aux autres religions, aux autres pratiques sexuelles, ni même aux autres hommes politiques. 

Ainsi est-il très rare d’entendre parler, de catholicophobie ou plus généralement de christianophobie, et d’hétérophobie, ni même d’hollandophobie. La judéophobie semble avoir quelques adeptes mais ne parait pas en mesure de surpasser l’indémodable antisémitisme composé lui avec le préfixe anti.

C’est la médecine et notamment la psychiatrie qui a introduit ces néologismes au XIXe siècle pour nommer  certaines névroses ou maladies mentales telles l’agoraphobie, l’acrophobie, l’hydrophobie ou autre dysmorphophobie.

Selon les différents dictionnaires la phobie issue du grec ancien phobos désignerait une peur irrationnelle, entrainant une aversion, un dégout et même plus comme dans le mot  xénophobe qui est utilisé pour nommer celui qui a la haine de l’étranger.

Si je bouffe du curé à mon petit déjeuner, que j’ajoute de l’eau bénite à mon pastis et que j’aime à émettre des pets de nonnes en société, je suis sans doute anti clérical mais surtout un libre penseur. Et en tout état de cause mon discernement n’est pas plus altéré qu’un irlandais le jour de la saint Patrick.

Par contre, si je mange du cochon à tous les repas, que l’appel du muezzin m’incite à rester sous la couette pour me livrer à une activité libidineuse et que je répugne à faire la conversation à une charmante demoiselle toute de burka vêtue, je risque d’être taxé d’islamophobie. Ce qui relève, selon les créateurs de ce néologisme de la pathologie et non de la liberté de penser.

Phobophobie, philophobie, phobophilie, tout cela me donne un peu le tournis, je sens que je file un   mauvais coton hydrophile. Un jour, après avoir lu l’essai de Benoit Rayski sur Sarko ‘’l’homme que vous aimez haïr’’, je me suis risqué à créer un  nouveau néologisme, moi qui n’avais jusqu’à présent rien inventé, même pas le ‘’phil’’  à couper le beurre,  la sarkophobophilie ou bien la sarkophilophobie, je n’ai pas encore tranché.

Enfin, je dis inventer, je m’avance peut être un peu, comme dirait le célèbre plagiaire médiatique Joseph Macé-Scaron, on n’écrit jamais ‘’ex nihilo’’ et le plagiat n’est que le droit à l’intertextualité, comme la plage du cap d’Agde est une invitation à  l’intersexualité.

Si je n’ai rien vu  en tapant le premier sur Google, j’ai trouvé ‘’post 'aliquanto’ deux références sur le deuxième. Comme vous le constaterez, afin d’écrire sur deux pieds, le grec et le latin, et non pas comme un pied,  je me suis rué sur les pages roses de mon Larousse afin d’émailler ce billet de deux expressions latines. Ceci afin de montrer mon ouverture d’esprit et mon absence totale de préjugés.

Mais le grec, heureusement, n’est pas qu’angoisse, peur, aversion, il est aussi amour, passion. Ainsi sommes-nous haltérophiles, cinéphiles, colombophiles, bibliophiles, homophiles etc. Parfois, l’amour est coupable et le suffixe malheureux comme dans le cas de la pédophilie. 

Dans ma jeunesse, on parlait de pédérastie, ce qui a donné en langage courant et employé à tort et à travers, pédé. Ce mot fabriqué à partir du grec ancien paid (enfant) et de érastes (amant) me semble moins ambigu et plus approprié que pédophile. Mais je ne suis ni un grec ancien, ni désireux  de devenir dans l’état actuel du pays un grec moderne, aussi je me garderai bien de prendre parti pour l’un ou pour l’autre.

De tous ces ‘’philes’’ conducteurs, un autre inventé par la médecine me paraît également pour le moins malheureux, l’hémophilie, qu’un étymologiste débutant pourrait assimiler au vampirisme.
Même, si je suis un béotien, ce que vous traduirez certainement par ‘’individu grossier et ignorant’’ je conteste l’opposition entre phobe et phile, entre angoisse et amour. J’aimerais substituer à phobe , l’affixe mis-miso.

 Ne dit on pas misogyne, misanthrope, misogame, misandrie, et même mise en bière, comme le souffle finement derrière mon épaule un ami de passage que je n’ai pourtant pas mis à contribution.

Et comme je ne suis pas à une contradiction près, je confesse néanmoins avoir quelques travers plus proches de l’aversion que de la haine. Par exemple, je ne suis pas misomamère mais mamèrophobe. Ne vous méprenez pas, je ne vous parle pas d’un quelconque désamour filial envers ma génitrice, mais d’une aversion mêlée d’angoisse quand j’entrevois la moustache du maire de Begles dans la petite lucarne. 

Cet attribut pileux si sympathique chez Brassens m’horripile au sens littéral du terme chez ce politicien pastèque, vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur, que seule, une vigoureuse pression exercée de haut en bas par mon majeur sur un des boutons de ma zapette est de nature à stopper l’éruption imminente de psoriasis.

Je me demande même si mon peu d’enthousiasme pour ‘le mariage pour tous’ sorte de glissement sémantique pour ne pas dire les choses n’est pas la conséquence de la  douloureuse perspective qu’il entrainera, la possibilité légale qui me sera offerte, sans commettre l’inceste, de convoler en justes noces avec  mamère qui devrait bientôt être rebaptisé par le code civil monparent. 

Frustré dans ma jeunesse, de ne pas avoir goûté aux joies des exercices de versions latines, je me suis permis en graphophile invétéré de me payer à peu de frais compte tenu de la situation économique cette aversion grecque que je me propose de partager avec vous si vous n’êtes ni hellénophobe ni un mamérophile convaincu.    

dimanche 2 décembre 2012

Faire l’âne pour avoir du Ardisson !



Le phénomène n’est pas nouveau, il date même des années 70 mais la prolifération des chaînes l’a considérablement amplifié. L’homme politique est de plus en plus invité dans les émissions dites de divertissement qui sont pour la plupart d’entre elles avant tout, des émissions de promotion.

Si l’on veut faire un petit historique de ce mélange des genres, on pourrait dire que l’acte fondateur,  c’est l’apparition avant son mandat présidentiel de Valéry Giscard d’Estaing jouant de l’accordéon dans un décor buccolique devant Danièle Gibert. Quelques années plus tard, on eut même droit à Lionel Jospin chantant les ‘’Feuilles mortes’’ chez Patrick Sebastien tout en irritant les nôtres, de feuilles.

L’élan était donné, vint alors l’heure de la politique spectacle, ou pour faire plus chic des  « talk-shows », espèces de potages souvent indigestes faits à base de petites et grosses légumes venus du potager de la télé-bidonnée, de l’herbier du sport survitaminé pour ne pas dire dopé, de la philosophie de supermarché saupoudré d’un zeste de politiques revendiquant la proximité.

Que vient faire le politique dans ce brouhaha, sinon expliquer qu’il est un homme normal comme les autres, une évidence qui s’impose  à une époque ou la normalitude est érigée en mode de gouvernement. La ‘’France d’en haut’’ vient par le truchement du petit écran causer dans le poste à la ‘’France d’en bas’’ selon une célèbre raffarinade.    

C’est un maelström consternant où se mélangent comme dans une partouze débridée le tennisman chantant, le footeux pensant, le cycliste déraillant, le philosophe délirant, l’écrivain pérorant et en invité de prestige, sorte de ‘’guest star’’ pontifiante, le politicien ‘prés de chez vous’. Ceux qui verront dans cette énumération une suite désordonnée d’oxymores et  de pléonasmes  n’auront pas tort.  A eux de remettre de l’ordre s’ils le souhaitent.

L’usage du masculin dans cette liste n’est que commodité et d’ailleurs parfois,  les producteurs en guise de paquet cadeau, invitent telle escort girl recyclée dans le stylisme, la chanson ou le roman de gare de triage afin de réunir tous les ingrédients nécessaires à un audimat bien juteux.

 Au moins cette dernière est elle plus légitime que jadis Michel Rocard pour répondre la bouche pleine à  cette angoissante et pour le moins buccalement embarrassante question d’Ardisson "Est ce que sucer c'est tromper ?". 

Malgré un terrain qui peut se révéler lourd, voire glissant, le pli est  pris, les purs sangs de la politique sont  prêts à se ruer sur ces nouveaux champs de course à l’audimat, somme toute, à faire ‘l’âne pour avoir du ardisson’. 

Alors, que dans certaines  de nos zones dites sensibles, on semble regretter la police de proximité, ce qui n’était pas le cas à Marseille dans les quartiers Nord où la proximité frôlait la consanguinité, la télé nous  apporte sur un plateau le politicien de proximité.

Bien sur, il n’y a aucun risque pour l’élu à déployer sa foulée majestueuse chez Drucker entouré d’invités soigneusement sélectionnés et ‘’Vivement Dimanche’’ n’est donc pas, pour reprendre le titre d’une émission, un rendez-vous en terre inconnue. La piste est bien damée, pas de chausse-trapes en vue, le public présent est ravi, le politique aussi. 

Cela nous donne une bonne raison comme le dit la chanson de haïr le dimanche prétentieux, qui veut paraître rose, et jouer les généreux, le dimanche qui s’impose, comme un jour bienheureux.

La tache est plus ardue dans d’autres émissions où des roquets de service aiment à planter leurs crocs dans les jarrets charnus de ces beaux étalons habitués à étaler leur savoir et leur science mais qui finissent parfois à s’étendre de tout leur long en ruminant un «si j’avais su, j’aurais pas venu» rapidement enterré.

La frontière est floue entre le divertissement et l’information, si ténue même, que le politique  rompu aux impératifs et aux dispositifs scéniques de l’exercice télévisuel peut être tenté de franchir le pas.
C’est le cas de notre pharmaco-politicienne spécialiste de la vaccination de masse, qui aurait d’ailleurs mérité à l’époque qu’on la prenne en grippe aviaire, qui à gommé la ligne de démarcation en ayant un pied dans la commission Jospin et l’autre sur D8 comme chroniqueuse.

Roselyne aux adducteurs assouplis par trente ans de politique nous fait le grand écart entre la ‘Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique’ (interdit d’en rire) et le manège médiatique du Grand 8.

Certains pourraient penser que cette chronique s’inscrit dans un poujado-populisme de comptoir braillant sur les politiques ‘’ tous pourris’’. Mais quand elle avoue que pour ses prestations de pitre en compagnie entre autres de la conscience morale de la gôche, elle touche 20.000 euros par mois soit  plus qu’un ministre, cela nous rappelle le moment de solitude assez surréaliste vécu un soir, par les chroniqueurs du ‘Grand Journal’ exhorté par Dupont Aignan à dévoiler leurs salaires.

Non, pas plus que le mélange des genres, le son, fut-il médiatique, dont  le dictionnaire nous rappelle qu’il n’est que le déchet de la mouture du blé nous paraît être un bon carburant pour redonner une crédibilité aux vieux chevaux de retour de la politique pas plus qu’aux jeunes loups à l’appétit pantagruélique.

samedi 24 novembre 2012

Les Verts sont toujours dans le fruit !



Le Vert, comme chacun sait, est le produit de l’association du jaune et du bleu, le vert possède donc tout naturellement une dualité. Pour le vert comme pour Descartes, le corps et l’esprit sont nettement distincts. 

Pour prendre un exemple au hasard, le corps du vert peut siéger au Conseil des Ministres tandis que son esprit vagabonde dans les limbes de l’opposition. Doit-on en conclure que le vert est versatile?  
Non, le vert est intrinsèquement vertueux et sa pensée vertigineusement vertébrée. Parfois, le vert dont le corps n’est pas au gouvernement voit rouge, c’est le cas de Jean Vincent qui a pourtant placé deux verts dans le fruit. Ces derniers, eux deviennent roses de plaisir.

Comme le carpocapse, son cousin arboricole, le vert pénètre le fruit au printemps pour se nourrir grassement des prébendes que veut bien lui consentir le gouvernement rose. Il s’en distingue néanmoins en n’en sortant pas à l’automne pour papillonner librement.

Il n’est pas essentiellement frugivore et n’hésite pas à avaler des couleuvres quand le besoin s’en fait sentir, il serait donc parfaitement omnivore s’il  ne nourrissait quelques préventions bien légitimes contre le nutella, l’huile de palme et les champignons nucléaires.

A propos de la  taxe "Nutella" les verts ont reçu une volée de bois du même ton de la part de responsables Africains et Malaisiens qui ont appelé le gouvernement Français  à se désolidariser de cette ‘’agression ‘’ mettant en péril la survie de ‘’petits producteurs africains et malaisiens’’. 

Le tiers-mondisme des verts est donc mis à mal par ces ingrats qui ne rêvent que croissance, souhaitent troquer le vélo pour l’automobile, et  pensent que le discours écolo est une ruse des occidentaux vivant dans l’abondance pour la refuser aux autres. Il est vrai que le slogan à la mode dans notre société de surconsommation  ‘’Manger tue’’ doit avoir une résonnance particulière pour les enfants du Sahel.

Jean Vincent Placé s’est interrogé à haute voix sur l’intérêt qu’ont les deux verts à se confondre avec un océan de rose, ce mélange de couleurs lui paraissant donner une association peu flatteuse à l’œil,  il a tout de go  formulé la question que nous nous posions, dans un précédent billet (1)  : "que faisons nous au gouvernement ?".

Il a été vertement recadré par EELV dont les troupes sont allés ensuite prier Notre Dame des Landes pour lui demander d’empêcher l’ouverture du  chantier de l’Ayrault port. Les petits hommes verts, réenfilant leurs bleus de chauffe ont donc encore des combats à mener et n’entendent pas aller se mettre au vert de sitôt. 

Un soldat rose, facétieux, le torse avantageux moulé dans une marinière blanche à bandes bleues aime à les agacer en agitant la muleta rouge du nucléaire, industrie de l’avenir. Ces gesticulations de l’impétrant empêtré fichent une trouille bleue aux verts qui rient jaune. 

Hollande pourrait, semble t-il s’accommoder du départ de l’exécutif des deux verts, en allant plus loin que le slogan « un vert, ça va, deux verts, bonjour les dégâts ! Il irait sans doute jusqu’à prôner l’abstinence. Pas de vert du tout.

 Que reste t-il alors dans le vert à moitié plein ou à moitié vide selon que l’on voit la vie en rose ou que l’on broie du noir ? 

Vidé de sa substance sociale et économique, ce vert apéritif peut être servi avec des amuse-gueules sociétaux préparés avec soin et imagination, par exemple, fêter le 14 juillet deux jours avant pour tromper la vigilance des militaires et leur substituer des milliers de petits bonhommes verts Cetelem, ou bien annuler les années bissextiles qui n’amènent rien à l’humanité sinon à rallonger l’hiver et les remplacer par des années bisexuelles permettant à tout un chacun de retrouver sa moitié d’orange.

Le droit opposable pourrait également être étendu, l’on pourrait envisager le droit opposable au crachin pour les Bretons ainsi que tout naturellement le droit opposable au Maroilles au petit déjeuner pour les ch’tis, et toute une série de déclinaisons qu’il plaira aux lecteurs d’inventer.

Ce petit billet écrit au début en noir et blanc sous un ciel désespérément gris s’est peu à peu colorisé au fil d’une écriture qui virait vers le vert-de gris, signe d’une tendance à l’oxydation des neurones de son auteur. La prochaine étape devrait être une chronique en 3D, désolante, déconstruite mais aussi dérisoire.

Et comme pour la groupie du pianiste, il était l’heure d’aller s’étendre entre les draps roses, et s’éveiller le lendemain matin en constatant avec plaisir que les verts étaient toujours dans le fruit.

vendredi 16 novembre 2012

De gauche ou de droite, l’hémiplégie nous guette !



« Qu’on soit de gauche ou qu’on soit de droite, on est hémiplégique » dit un jour Raymond Aron à Jean Paul Sartre. A cette même époque, la dite gauche intellectuelle prononçait une sentence aussi définitive que stupide « Mieux vaut avoir tort avec Sartre, que raison avec Aron » Circulez, il n’y a rien à voir et encore moins à discuter …. 

Est-on condamné à l’hémiplégie idéologique irréversible ? Connaît-elle des épisodes d’alternance ? A gauche certaines fois et à droite d’autres fois selon les sujets ? Quand on en guérit est on au centre ? 

Au début, la droite et la gauche n’étaient que des notions de positionnement dans un espace confiné, en l’occurrence lors de l’assemblée constituante de 1789, pour décompter les voix plus facilement. 

C’est plus tard, en France, et notamment pendant l’affaire Dreyfus que viennent se greffer les valeurs qui se rattachent à ces vocables.

Bien entendu, ce clivage varie selon les pays et les époques, certaines valeurs peuvent migrer au cours du temps et passer de gauche à droite et inversement.

Droites et gauches se conjuguent au pluriel, il y a plusieurs gauches comme il y a plusieurs droites mais la géométrie ne nous dit rien sur les gauches, elles peuvent donc se mélanger, se chevaucher, s’enchevêtrer, s’ajouter, s’embrasser folle ville sans qu’Euclide et ses disciples n’y voient à redire.
 Pour les droites c’est un autre problème, soit elles se coupent et c’est l’accident, la collision, l’implosion même parfois ?  Soit elles sont parallèles, ne se rencontrent jamais  et n’ont donc en théorie aucun point commun. Elles ont donc du mal à s’agréger.

Elles recherchent donc le centre droit pour faire nombre, un hémiplégique partiellement guéri,  mais avec quelques séquelles droitières. Les gauches, elles aussi ne se privent pas pour attirer à elles les centristes présentant un léger tropisme senestre.

On l’a vu, la géométrie semble favorable à la gauche dans son ensemble. L’étymologie, elle, penche à droite depuis toujours. La langue Française est particulièrement discriminante à l’encontre de la gauche, un individu maladroit est gauche tandis qu’un autre digne de confiance mérite de devenir votre’’ bras droit’’.

Chez nos amis transalpins, gauche se dit « sinistra », tandis que droit est associé à dextre, adroit, habile (dextrus) La langue  Française conserve la trace de cette discrimination : ne dit-on pas d'un  individu peu habile qu'il a des mouvements gauches ? 

Quand on se lève du pied gauche et que le soir on finit par passer l’arme du même côté, on est fondé à se dire que c’était une journée de merde. En un mot une journée sinistre. A moins d’avoir marché dedans cette même journée, ce qui rétablit heureusement l’équilibre.

Cela nous donne en résumé une gauche sinistre et maladroite, ou qui se sent mal à droite, et une droite habile, donc pas si gauche que cela. Cette vision péjorative de la gauche nous attristant, nous suggérons de substituer aux vocables gauche et droite les termes marins bâbord et tribord. Il y aurait donc les babordistes et les tribordistes.

Les centristes purs sont des ambidextres parfaits qui n’auraient aucune latéralisation,  à ne pas confondre avec avec les gauchers ou les droitiers contrariés.

A propos des ambidextres, une étude canadienne dirigée par Michael Peters nous apprend qu’ils sont plus volontiers bisexuels que les gauchers et droitiers. Ils ont donc en commun avec les centristes une réticence à choisir leur camp et une propension  à l’errance sexuelle ou idéologique.

L’étymologie, la géométrie ne nous disent rien sur la question essentielle : Pourquoi est-on de gauche ou de droite ? Nait-on de gauche ou de droite ?  Ou plutôt plus simplement pourquoi vote t-on à gauche ou à droite ?

Et la biologie ? Attention terrain glissant, jusqu’à présent, nous pensions voter en fonction de nos convictions et  étions persuadés que notre affiliation  politique était complètement sous notre contrôle, en tenant compte néanmoins de notre environnement social.

Patatras, des chercheurs nord américains et anglais (1) à qui nous n’avions rien demandé auraient démontré que l’orientation politique dépendait de notre cerveau, plus précisément de la taille de notre cortex cingulaire antérieur et de vos amygdales.

Rassurons tout de suite les nombreux amygdalectomisés que cela pourrait traumatiser, qu’il ne s’agit pas là, en l’occurrence des amygdales pharyngées mais de la ou plutôt des deux amygdales cérébrales.

Selon ces chercheurs, les électeurs de gauche et ceux de droite n’auraient pas le même cerveau. Il y a évidemment un biais important, les américains parlent plus en terme de libéral ou conservateur que de gauche ou de droite, ce qui n’est pas totalement transposable en France, mais il nous faudra faire avec.

Ils firent donc passer des tests à deux cents personnes et leur faisant  visualiser des images plaisantes ou désagréables. Le résultat ? On distingua deux groupes, ceux qui se focalisèrent sur les images plaisantes et ceux qui se concentrèrent sur les images dérangeantes.

Les ‘’droitiers réagirent plus aux stimuli négatifs, tandis que ‘’ gauchers’’ furent plus réactifs aux stimuli positifs. Pour résumer de manière simpliste, il y a ceux qui voient le mal partout, et les autres qui voient la vie en rose, ce qui expliquerait le choix de  l’emblème du parti socialiste. Mais ce qui contredit la théorie esquissée à partir de l’étymologie et de la sémantique.

Selon ces études, les personnes s’affirmant de gauche auraient un cortex cingulaire antérieur plus développé, c’est une région associée à la prise de décision et à la réponse empathique à la douleur des autres. Les sympathisants de droite, eux, seraient mieux pourvus coté  amygdales, région du cerveau impliquée dans l'apprentissage des émotions et les réponses à la peur et l'anxiété.

S’il existe une droite égoïste qui ne se préoccupe que de ses intérêts particuliers, il existe aussi, et elle est très présente médiatiquement, une gauche dite caviar prompte à distiller ses leçons de morale au monde entier en évitant soigneusement de se les appliquer à elle-même

 En schématisant, on peut dire que la gauche questionne l’autorité, prône la diversité et se soucie plus des faibles et des opprimés. Elle veut la justice même si c’est en s’affranchissant des règles politiques ou économiques. Si un choix doit s’opérer entre liberté et égalité la gauche inclinera vers l’égalité. 

Par contraste, la droite met l’accent sur les institutions et les traditions, la foi et la famille, la nation, l’ordre parfois aussi la religion. Elle  croit que l’homme est égoïste par nature et ne se soucie pas en priorité du bien commun. Il faut donc imaginer une société, ou à partir de la prise en compte des intérêts individuels, l’on arrive à fabriquer de la solidarité. La société est donc l’addition de chaque individu qui la compose.  

Les grands oubliés de ces recherches  sont les centristes intégraux dont on ne sait rien sur le volume de leurs cortex et de leurs amygdales et même s’ils en sont dotés. Ils sont sans doute très peu nombreux comme les ambidextres et considérés comme quantité négligeable.

On ne sait rien non plus sur les errants qui votent de gauche à droite et vice versa et l’on entre dans paradoxe de la poule et de l’œuf. 

Qui agit sur quoi ? Constate t-on chez les migrants politiques des modifications du cortex ou des amygdales ? L’orientation politique a-t-elle une influence sur le cerveau ou au contraire la conformation de ce  dernier est elle déterminante dans nos choix politiques ?

La réalité semble être plus simple, puisque d’autres études démontrent que le plus souvent nos décisions autant morales que politiques reposent à l’origine sur des sentiments intuitifs plutôt que sur des réflexions élaborées et rationnelles.

L’on décide d’abord intuitivement, et l’on construit après, un discours que l’on veut le plus rationnel possible pour coller à cette décision, on est donc plus souvent dans l’émotionnel que dans le raisonnement.

Des politologues américains, ont montré  dans un ouvrage intitulé ‘’Cœurs et esprits partisans ‘ (2) que beaucoup de personnes ne choisissaient pas un parti politique, en fonction de leur propre opinion, mais plutôt par un phénomène d’identification à leur milieu familial, social, ou professionnel. Ensuite, ils s’approprient les idées et le discours du parti choisi.

Et si au lieu de les opposer dans un match de boxe stérile, qui dans le meilleur des cas se termine par un match nul au sens littéral du terme, on reconnaissait comme le suggère le psychologue Jonathan Haidt(3) que les deux contiennent des valeurs morales différentes qui pourraient s’additionner au lieu de s’affronter ? 

Vœu pieux sans doute, utopie teintée d’hypocrisie, mirage centriste, chimère bayrouiste  face à une bipolarisation  de la vie politique qui ne se dément pas depuis des décennies.

Par conséquent, malgré ces bonnes intentions et le fait que les notions de gauche et de droite soient parfois contestées dans l’opinion publique en France, il est paradoxal de constater que nous acceptons souvent de nous positionner selon ces critères.

Il y a fort à parier que ce clivage perdurera et que les saisons pugilisto-politiques, style  ‘’soigne ta droite ou je te mets une gauche’’  ne sont pas prêtes de s’achever pour la plus grande joie des commentateurs médiatiques, pour la plupart, hypertrophiés du cortex. 

L’hémiplégie idéologique, sorte de paralysie de la pensée à de beaux jours devant elle.

(2) Partisan Hearts and Minds ” (Coeurs et esprits partisans), Donald Green, Bradley Palmquist, et Eric Schickler