mercredi 12 décembre 2012

Edwy, sois bon !



Ce matin là, ce n’est pas si fréquent, j’ai été ému aux larmes par le bouleversant papier écrit par  Bruno Roger Petit sur ‘’Le Plus’’ du Nouvel Obs. D’ordinaire, les chroniques du BRP de la Hollandie me sont indispensables pour me donner l’énergie nécessaire  afin de lutter contre une envie quasi irrépressible d’aller me recoucher.

En effet, plus que la profession de foi d’un candidat aux élections désireux de s’approprier ma voix, ces billets provoquent immanquablement en moi une montée d’adrénaline, cette hormone guerrière qui accélère les battements de mon cœur et la circulation sanguine vers mes muscles atrophiés  par des siestes prolongées. 

Aussitôt après, le cortisol se met en branle, convertit mon gras en sucre et mon corps se charge en un carburant qui ne doit rien au gaz de schiste.

Au début, je me suis dit, ce gars là doit avoir un membre de sa famille retenu en otage au Kazakhstan gardé par un cerbère ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’acteur belge Gérard Depardieu. Une vision d’horreur en quelque sorte, susceptible  de déstabiliser un reporter de guerre aguerri.



Mais peut être ne connaissez vous pas BRP ? Voici comment on le  présente sur ‘’ la Blog Team de Sport 24’’ : 


«Journaliste rebelle, Bruno Roger-Petit est un charmant garçon… qui déteste qu’on lui marche sur les pieds ! Ex-présentateur des journaux télévisés de France Télévisions, il anime aujourd’hui « Langues de sport », chaque matin entre 10h et 12h, sur Europe 1 Sport. Amateur d’anecdotes et fin connaisseur de l’histoire sportive, Bruno Roger-Petit dispose d’un regard impertinent et sans concession sur le football, sa discipline favorite. Il a choisi le blog Team de Sport24 pour diffuser ses bonnes idées sur l’Euro et l’équipe de France.  A déguster sans modération »



C’est donc, n’ayons pas peur des mots, un journaliste ‘’Tout Terrain’’ qui, quand il ne distribue pas des tracts du parti hollandais ou ne se transforme pas en brosse à reluire du présidentielle, d’où l’acronyme doublement méritée de BRP, apprend le français à Ribéry.



Comment un gaillard de cet acabit avec carte de presse waterproof, rebelle attesté, sensible des pieds,à l’écriture lyrique d’un greffier de justice  en vient –il à s’émouvoir de la sorte devant le traitement que Médiapart fait subir au Ministre du Budget dont nous avions relaté dans un billet précédent la mésaventure horlogère ?   (1)

J’avoue avoir eu quelques hésitations avant de me décider à vous infliger  ce  passage  aussi fastidieux qu’une lecture d’un exploit d’huissier de justice. Mais cela vous aidera le jour ou on viendra vous saisir  le robot multifonction  acheté à crédit pour votre épouse afin qu’elle ne s’ennuie pas en attendant votre retour du bistrot :



«Considérant que l'affaire, engageant le ministre d'un gouvernement de gauche, peut avoir de graves répercussions sur le cours de la vie publique, considérant qu'il ne s'agit pas de football ou d'activités liées à des affaires de partis, considérant que le FN pèse par trop sur la vie politique et fait son miel de ces affaires interminables, considérant que rien n'est plus terrible que le supplice de la goutte d'eau médiatique pour les proches d'une personne mise en cause (quelles que soient les fautes, réelles ou supposées de celle-ci) pourquoi ne pas publier, sans attendre, l'ensemble des documents qui ont permis à "Mediapart" d'établir qu'il existe une information concernant Jérôme Cahuzac qui méritait d'être portée à la connaissance du public »



Et pour conclure, cette poignante  supplique «Chers amis de "Mediapart", compte tenu des enjeux, pour une fois, faites une exception. Une petite exception. Renoncez au feuilletonnage, aux effets de manche pour prétoires télévisuels, au storytelling de l'info 2.0 : s'il vous plait, les preuves, c'est maintenant » 

Attendu qu’un si gentil garçon qui considère à tout propos et chaque début de phrase mérite de notre part, tout bien considéré, un tant soi peu de considération, nous considérons qu’il serait inconsidéré de le déconsidérer.



Pour résumer, BRP implore son ami Ewdy ‘plenel’ de compassion, le patron de Médiapart sur l’air d’un vieux rock des Chaussettes Noires ‘’Edwy sois bon !  Alors que faut –il retenir de ce morceau de bravoure journalistique ?

 Que l’acharnement et les méthodes de Médiapart étaient hautement estimables quand il s’agissait de ministres de droite et qu’alors les amis de BRP demandaient instamment au pouvoir de respecter l'indépendance des médias et la liberté d'expression qui sont des fondements de notre démocratie républicaine. Non mais !
 
Mais, Bruno Roger, c’est petit, de demander à Plenel le Robespierre de la presse d’investigation, le Fouquier-Tinville du web  d’envisager une exception, si minime soit-elle. Notre bon Edwy, doit faire marcher sa petite entreprise et saucissonner ses révélations pour faire cliquer le chaland curieux avec son petit doigt et sa carte de crédit. 

Néanmoins, compte tenu de l’immense chagrin que provoque chez toi ce suspens insoutenable, et de ma sensibilité exacerbée, je compatis et suis prêt si tu me le demandes, à cirer quelques pompes que tu n’aurais pas eu le temps de lustrer toi-même.

 Je suis même assez doué en flagorneries puisque je suis capable, contre une petite rétribution, de m’extasier devant les compressions de César, les monochromes d’Yves Klein ou les colonnes de Buren.   
En attendant, je reprends avec toi ce doux refrain « Edwy sois bon, sois bon ! » en espérant que notre duo saura l’ attendrir, comme le boucher le fait d’une escalope, et  que j’aurais donné envie à ceux qui ne te connaissent pas encore d’aller découvrir ta vie, ton œuvre parce que tu le vaux bien.



vendredi 7 décembre 2012

La phobie, une aversion grecque



On le sait maintenant à moins d’être sourd, on a beaucoup prêté aux grecs et l’on prête encore, mais la vérité nous oblige à reconnaitre  que l’on a aussi emprunté et que l’on continue à puiser dans la langue d’Homère, notamment des suffixes permettant d’exprimer nos sentiments.

On leur a prêté aussi souvent des mœurs dissolus, il fut une époque, pas si lointaine, ou l’on envoyait son contradicteur se faire voir chez les grecs. Quant l’on voulait se faire plus précis, il était question qu’il aille se faire ‘’empapaouter’’ chez les hellènes, cela relevait bien sur un peu de la circonvolution langagière, une façon en quelque sorte de tourner autour du pot, si vous me permettez l’expression.

Depuis l’on est beaucoup plus précis et l’on se passe désormais du grec pour exprimer sa colère ou son désir de voir l’autre élargir le cercle de ses relations pour rester circonvolutif.

Le suffixe phobie a en ce moment beaucoup de succès accolé à Islam ou homo ou il y a quelque temps à Sarko,  mais il ne semble pas s’atteler facilement aux autres religions, aux autres pratiques sexuelles, ni même aux autres hommes politiques. 

Ainsi est-il très rare d’entendre parler, de catholicophobie ou plus généralement de christianophobie, et d’hétérophobie, ni même d’hollandophobie. La judéophobie semble avoir quelques adeptes mais ne parait pas en mesure de surpasser l’indémodable antisémitisme composé lui avec le préfixe anti.

C’est la médecine et notamment la psychiatrie qui a introduit ces néologismes au XIXe siècle pour nommer  certaines névroses ou maladies mentales telles l’agoraphobie, l’acrophobie, l’hydrophobie ou autre dysmorphophobie.

Selon les différents dictionnaires la phobie issue du grec ancien phobos désignerait une peur irrationnelle, entrainant une aversion, un dégout et même plus comme dans le mot  xénophobe qui est utilisé pour nommer celui qui a la haine de l’étranger.

Si je bouffe du curé à mon petit déjeuner, que j’ajoute de l’eau bénite à mon pastis et que j’aime à émettre des pets de nonnes en société, je suis sans doute anti clérical mais surtout un libre penseur. Et en tout état de cause mon discernement n’est pas plus altéré qu’un irlandais le jour de la saint Patrick.

Par contre, si je mange du cochon à tous les repas, que l’appel du muezzin m’incite à rester sous la couette pour me livrer à une activité libidineuse et que je répugne à faire la conversation à une charmante demoiselle toute de burka vêtue, je risque d’être taxé d’islamophobie. Ce qui relève, selon les créateurs de ce néologisme de la pathologie et non de la liberté de penser.

Phobophobie, philophobie, phobophilie, tout cela me donne un peu le tournis, je sens que je file un   mauvais coton hydrophile. Un jour, après avoir lu l’essai de Benoit Rayski sur Sarko ‘’l’homme que vous aimez haïr’’, je me suis risqué à créer un  nouveau néologisme, moi qui n’avais jusqu’à présent rien inventé, même pas le ‘’phil’’  à couper le beurre,  la sarkophobophilie ou bien la sarkophilophobie, je n’ai pas encore tranché.

Enfin, je dis inventer, je m’avance peut être un peu, comme dirait le célèbre plagiaire médiatique Joseph Macé-Scaron, on n’écrit jamais ‘’ex nihilo’’ et le plagiat n’est que le droit à l’intertextualité, comme la plage du cap d’Agde est une invitation à  l’intersexualité.

Si je n’ai rien vu  en tapant le premier sur Google, j’ai trouvé ‘’post 'aliquanto’ deux références sur le deuxième. Comme vous le constaterez, afin d’écrire sur deux pieds, le grec et le latin, et non pas comme un pied,  je me suis rué sur les pages roses de mon Larousse afin d’émailler ce billet de deux expressions latines. Ceci afin de montrer mon ouverture d’esprit et mon absence totale de préjugés.

Mais le grec, heureusement, n’est pas qu’angoisse, peur, aversion, il est aussi amour, passion. Ainsi sommes-nous haltérophiles, cinéphiles, colombophiles, bibliophiles, homophiles etc. Parfois, l’amour est coupable et le suffixe malheureux comme dans le cas de la pédophilie. 

Dans ma jeunesse, on parlait de pédérastie, ce qui a donné en langage courant et employé à tort et à travers, pédé. Ce mot fabriqué à partir du grec ancien paid (enfant) et de érastes (amant) me semble moins ambigu et plus approprié que pédophile. Mais je ne suis ni un grec ancien, ni désireux  de devenir dans l’état actuel du pays un grec moderne, aussi je me garderai bien de prendre parti pour l’un ou pour l’autre.

De tous ces ‘’philes’’ conducteurs, un autre inventé par la médecine me paraît également pour le moins malheureux, l’hémophilie, qu’un étymologiste débutant pourrait assimiler au vampirisme.
Même, si je suis un béotien, ce que vous traduirez certainement par ‘’individu grossier et ignorant’’ je conteste l’opposition entre phobe et phile, entre angoisse et amour. J’aimerais substituer à phobe , l’affixe mis-miso.

 Ne dit on pas misogyne, misanthrope, misogame, misandrie, et même mise en bière, comme le souffle finement derrière mon épaule un ami de passage que je n’ai pourtant pas mis à contribution.

Et comme je ne suis pas à une contradiction près, je confesse néanmoins avoir quelques travers plus proches de l’aversion que de la haine. Par exemple, je ne suis pas misomamère mais mamèrophobe. Ne vous méprenez pas, je ne vous parle pas d’un quelconque désamour filial envers ma génitrice, mais d’une aversion mêlée d’angoisse quand j’entrevois la moustache du maire de Begles dans la petite lucarne. 

Cet attribut pileux si sympathique chez Brassens m’horripile au sens littéral du terme chez ce politicien pastèque, vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur, que seule, une vigoureuse pression exercée de haut en bas par mon majeur sur un des boutons de ma zapette est de nature à stopper l’éruption imminente de psoriasis.

Je me demande même si mon peu d’enthousiasme pour ‘le mariage pour tous’ sorte de glissement sémantique pour ne pas dire les choses n’est pas la conséquence de la  douloureuse perspective qu’il entrainera, la possibilité légale qui me sera offerte, sans commettre l’inceste, de convoler en justes noces avec  mamère qui devrait bientôt être rebaptisé par le code civil monparent. 

Frustré dans ma jeunesse, de ne pas avoir goûté aux joies des exercices de versions latines, je me suis permis en graphophile invétéré de me payer à peu de frais compte tenu de la situation économique cette aversion grecque que je me propose de partager avec vous si vous n’êtes ni hellénophobe ni un mamérophile convaincu.    

dimanche 2 décembre 2012

Faire l’âne pour avoir du Ardisson !



Le phénomène n’est pas nouveau, il date même des années 70 mais la prolifération des chaînes l’a considérablement amplifié. L’homme politique est de plus en plus invité dans les émissions dites de divertissement qui sont pour la plupart d’entre elles avant tout, des émissions de promotion.

Si l’on veut faire un petit historique de ce mélange des genres, on pourrait dire que l’acte fondateur,  c’est l’apparition avant son mandat présidentiel de Valéry Giscard d’Estaing jouant de l’accordéon dans un décor buccolique devant Danièle Gibert. Quelques années plus tard, on eut même droit à Lionel Jospin chantant les ‘’Feuilles mortes’’ chez Patrick Sebastien tout en irritant les nôtres, de feuilles.

L’élan était donné, vint alors l’heure de la politique spectacle, ou pour faire plus chic des  « talk-shows », espèces de potages souvent indigestes faits à base de petites et grosses légumes venus du potager de la télé-bidonnée, de l’herbier du sport survitaminé pour ne pas dire dopé, de la philosophie de supermarché saupoudré d’un zeste de politiques revendiquant la proximité.

Que vient faire le politique dans ce brouhaha, sinon expliquer qu’il est un homme normal comme les autres, une évidence qui s’impose  à une époque ou la normalitude est érigée en mode de gouvernement. La ‘’France d’en haut’’ vient par le truchement du petit écran causer dans le poste à la ‘’France d’en bas’’ selon une célèbre raffarinade.    

C’est un maelström consternant où se mélangent comme dans une partouze débridée le tennisman chantant, le footeux pensant, le cycliste déraillant, le philosophe délirant, l’écrivain pérorant et en invité de prestige, sorte de ‘’guest star’’ pontifiante, le politicien ‘prés de chez vous’. Ceux qui verront dans cette énumération une suite désordonnée d’oxymores et  de pléonasmes  n’auront pas tort.  A eux de remettre de l’ordre s’ils le souhaitent.

L’usage du masculin dans cette liste n’est que commodité et d’ailleurs parfois,  les producteurs en guise de paquet cadeau, invitent telle escort girl recyclée dans le stylisme, la chanson ou le roman de gare de triage afin de réunir tous les ingrédients nécessaires à un audimat bien juteux.

 Au moins cette dernière est elle plus légitime que jadis Michel Rocard pour répondre la bouche pleine à  cette angoissante et pour le moins buccalement embarrassante question d’Ardisson "Est ce que sucer c'est tromper ?". 

Malgré un terrain qui peut se révéler lourd, voire glissant, le pli est  pris, les purs sangs de la politique sont  prêts à se ruer sur ces nouveaux champs de course à l’audimat, somme toute, à faire ‘l’âne pour avoir du ardisson’. 

Alors, que dans certaines  de nos zones dites sensibles, on semble regretter la police de proximité, ce qui n’était pas le cas à Marseille dans les quartiers Nord où la proximité frôlait la consanguinité, la télé nous  apporte sur un plateau le politicien de proximité.

Bien sur, il n’y a aucun risque pour l’élu à déployer sa foulée majestueuse chez Drucker entouré d’invités soigneusement sélectionnés et ‘’Vivement Dimanche’’ n’est donc pas, pour reprendre le titre d’une émission, un rendez-vous en terre inconnue. La piste est bien damée, pas de chausse-trapes en vue, le public présent est ravi, le politique aussi. 

Cela nous donne une bonne raison comme le dit la chanson de haïr le dimanche prétentieux, qui veut paraître rose, et jouer les généreux, le dimanche qui s’impose, comme un jour bienheureux.

La tache est plus ardue dans d’autres émissions où des roquets de service aiment à planter leurs crocs dans les jarrets charnus de ces beaux étalons habitués à étaler leur savoir et leur science mais qui finissent parfois à s’étendre de tout leur long en ruminant un «si j’avais su, j’aurais pas venu» rapidement enterré.

La frontière est floue entre le divertissement et l’information, si ténue même, que le politique  rompu aux impératifs et aux dispositifs scéniques de l’exercice télévisuel peut être tenté de franchir le pas.
C’est le cas de notre pharmaco-politicienne spécialiste de la vaccination de masse, qui aurait d’ailleurs mérité à l’époque qu’on la prenne en grippe aviaire, qui à gommé la ligne de démarcation en ayant un pied dans la commission Jospin et l’autre sur D8 comme chroniqueuse.

Roselyne aux adducteurs assouplis par trente ans de politique nous fait le grand écart entre la ‘Commission sur la rénovation et la déontologie de la vie publique’ (interdit d’en rire) et le manège médiatique du Grand 8.

Certains pourraient penser que cette chronique s’inscrit dans un poujado-populisme de comptoir braillant sur les politiques ‘’ tous pourris’’. Mais quand elle avoue que pour ses prestations de pitre en compagnie entre autres de la conscience morale de la gôche, elle touche 20.000 euros par mois soit  plus qu’un ministre, cela nous rappelle le moment de solitude assez surréaliste vécu un soir, par les chroniqueurs du ‘Grand Journal’ exhorté par Dupont Aignan à dévoiler leurs salaires.

Non, pas plus que le mélange des genres, le son, fut-il médiatique, dont  le dictionnaire nous rappelle qu’il n’est que le déchet de la mouture du blé nous paraît être un bon carburant pour redonner une crédibilité aux vieux chevaux de retour de la politique pas plus qu’aux jeunes loups à l’appétit pantagruélique.